Le défi du présent, jour 1 : “Observer le penseur” – Journal

SPIRITUALITE


Cet article fait partie du journal que je tiens de mon défi du présent: 10 semaines pour lire, intégrer et mettre en pratique dans mon quotidien les enseignements de “Le pouvoir du moment présent” d’Eckhart Tolle.

Retrouvez les autres entrées de ce journal.

Mon objectif du jour

Plutôt que d’essayer de mettre en pratique tout le chapitre d’un coup, je décide de me donner un objectif spécifique pour chaque jour de la semaine… tout en gardant à l’esprit la manière dont il s’inscrit dans la perspective globale (ou, comme dirait F.M. Alexander dans “The Use of the Self: “all together, one after the other” – “tous ensemble, l’un après l’autre“).

Pour ce premier jour, je me concentre sur le premier moyen que cite Tolle pour créer une discontinuité dans la pensée et se désidentifier du mental: observer le penseur.

L’exercice consiste à “écouter cette voix dans votre tête, [être] la présence qui joue le rôle de témoin. Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service. Vous prenez bientôt conscience qu’il y a la voix et qu’il y a quelqu’un qui l’écoute et qui l’observe. Cette prise de conscience que quelqu’un surveille, ce sens de votre propre présence, n’est pas une pensée. Cette réalisation trouve son origine au-delà du “mental”“.

Cette démarche me rappelle l’exercice de “méditation des pensées” présenté dans l’ouvrage “La Méditation de pleine conscience pour les nuls” de S. Alidina, H. Filipe et E. Couzon. Je relis leurs explications. Certaines me paraissent compléter celles de Tolle:

  • Les pensées peuvent prendre la forme de sons audibles, ou bien d’images visibles.”
  • Observez ou écoutez vos pensées (…) sans jugement ni critique, dans l’acceptation et l’ouverture. “
  • Contemplez vos pensées qui arrivent et repartent comme des nuages dans le ciel.”
  • “Ne forcez pas ces pensées à prendre forme, et ne les chassez pas non plus.
  • Une autre façon d’observer vos pensées consiste à vous imaginer aussi au bord d’un fleuve. Des feuilles flottent à la surface et le courant les emporte. Placez chacune de vos pensées sur chaque feuille que vous voyez passer.
  • Si vous vous surprenez à vous critiquer parce que votre esprit vagabonde, observez cela également comme une simple pensée“.

Mes observations

Je commence la journée par un moment de pratique formelle de cet objectif – à savoir un temps où je m’y consacre exclusivement. Pour cela, je me couche sur mon tatami dans la position de “repos actif” utilisée en Technique Alexander, mets mon téléphone portable en mode avion pour ne pas être dérangé et enclenche le minuteur. C’est un conseil que j’ai lu dans une livre de méditation: il est préférable de méditer pour une durée définie d’avance plutôt que de simplement y mettre fin quand on en ressent l’envie. En effet, on pourrait être tenté d’arrêter l’exercice dès que surgissent un sentiment d’ennui ou des pensées inconfortables. Si on obéit alors à cette envie, on ne se donne pas la possibilité d’observer ce sentiment, ces pensées et de les dépasser, alors que c’est précisément là tout l’objet de l’exercice. Définir d’avance une durée oblige à vivre et traverser ces moments inconfortables. Utiliser un minuteur permet d’éviter d’avoir à interrompre l’exercice pour consulter sa montre. Je règle donc mon minuteur sur 30 minutes. 30 minutes pendant lesquelles j’essaie de ne rien faire d’autre qu’observer mes pensées.

En pratiquant cet exercice, j’observe que j’ai tendance à vouloir m’empêcher de penser. Que je suis tenté de vouloir créer le vide dans mon esprit. Lorsque je m’aperçois que je me suis malgré tout perdu dans mes pensées, je cherche aussitôt à interrompre le flot de pensées qui m’a emporté.

Je me redis que là n’est pas vraiment l’objet de l’exercice. Certes, Tolle dit que la démarche d’observer le penseur aura pour effet de créer un vide mental, une discontinuité dans la pensée. Mais je ne dois pas chercher à créer ce vide. Il doit se produire de lui-même, comme résultat de ma désidentification à mon mental, qui résulte elle-même de l’observation de mes pensées. Or, pour pouvoir observer mes pensées, il me faut … des pensées à observer !

Je ne dois donc pas chasser celles-ci, mais au contraire les accueillir. Je ne dois pas faire taire la voix dans ma tête, mais l’écouter. Je ne dois pas éviter de penser. Je dois seulement éviter de penser de manière inconsciente, c’est-à-dire sans m’observer penser, sans être conscient que je pense. Aussi, lorsque je m’aperçois que je me suis laissé emporté par mes pensées, il ne s’agit pas de mettre un terme à celles-ci, mais seulement de me remettre à les observer. Si je cherche au contraire à interrompre mes pensées, cela signifie que je ne les accepte pas et que je résiste au présent, ce qui est le propre de l’identification au mental. Ou comme l’écrit Tolle: “Lorsque vous écoutez cette voix, faites-le objectivement, c’est-à-dire sans juger. Ne condamnez pas ce que vous entendez, car si vous le faites, cela signifie que cette même voix est revenue par la porte de service.

Après cet exercice formel, j’essaie de continuer à observer mes pensées tout au long de la journée. Aujourd’hui, je reprends le travail après mes vacances d’été. Mon activité professionnelle étant de nature intellectuelle, mon mental est beaucoup sollicité de sorte que je ne manque pas d’objet d’observation. Je remarque combien penser de manière consciente demande d’être très attentif, très présent, à chaque instant… et je comprends pourquoi Tolle utilise les termes de “présence” ou de “conscience” comme des synonymes.

Les jours ensoleillées d’été, je prends habituellement un bain de soleil en milieu de journée (afin de permettre à mon corps de synthétiser de la vitamine D.) Je profite de faire de ce moment un autre temps de pratique formelle de mon objectif du jour. Je constate néanmoins en moi une réticence à passer à nouveau une trentaine de minutes à ne rien faire d’autre qu’observer mes pensées. Je me demande quelle peut être la cause de cette réticence: est-ce que j’ai peur de m’ennuyer ? De ne pas arriver à rester inactif ou à gérer une frustration liée à cette inactivité ? De sentir le stress monter du fait que je perds du temps plutôt que de l’utiliser à accomplir les tâches qui m’attendent ? De ne plus penser et de perdre l’identité que j’en tire ? De devoir – ne serait-ce que brièvement – renoncer à agir ou projeter en vue d’atteindre un futur souhaité ou éviter un futur redouté ? De devoir affronter le présent avec ce qu’il peut compter d’insatisfaisant ou de douloureux ?

Décidément, rester simplement présent à ses pensées semble bien inconfortable. Je décide d’essayer de faire face à cet inconfort. Je pense au titre de l’ouvrage de la philosophe Donna Haraway “Staying with the trouble“. “Vivre avec le trouble”. Voici ce que j’essaie de faire durant ces 30 minutes. Simplement observer mon inconfort et les pensées qui l’accompagnent et le nourrissent. Et voir ce qui se passe.

(Réponse, 30 minute plus tard: affronter l’inconfort est beaucoup moins terrible qu’il n’y paraît. Le trouble va et vient, et alterne avec des moment de paix.)

Newsletter par e-mail

Inscrivez-vous pour recevoir les nouveaux articles directement dans votre boîte mail !

(pas de spam, désinscription possible à tout moment en 1 clic)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code