Appelle-moi par ton nom (André Aciman)

André Aciman Appelle-moi par ton nom

LITTERATURE


Je ferme les yeux, prononce le mot, et je suis de nouveau en Italie, il y a tant d’années.”

Calendrier de l'Avent 9 décembre

Cet article est la neuvième fenêtre de mon calendrier de l’Avent littéraire. Chaque jour du 1er au 25 décembre 2021, je partage avec vous un livre qui m’est cher: je vous en lis un de mes passages préférés et vous raconte en quelques mots l’histoire de ce livre et mon histoire avec lui.

La dernière page du livre.


André Aciman, Appelle-moi par ton nom, Grasset 2018, p. 333. Traduction: Jean-Pierre Aoustin

C’est en cherchant une lecture pour mes vacances d’été, il y a quelques années, que je suis tombé par hasard sur Appelle-moi par ton nom (Call me by your name) d’André Aciman. Je n’avais jamais entendu parler de ce livre. C’était encore avant que son adaptation cinématographique ne le rende aussi populaire qu’il ne l’est aujourd’hui.

Le livre s’avère une parfaite lecture d’été. Non pas parce qu’il est divertissant et léger – les caractéristiques qui semblent parfois décrire ce qu’on attend des summer reads – mais parce qu’il dépeint magnifiquement la sensualité de l’été.

De toutes les saisons, j’ai toujours trouvé que l’été était la plus sensuelle. Celle qui mettait le plus nos sens en éveil. Le chant des cigales. Le goût sucré des pêches. La fraîche odeur de l’aube. La caresse du soleil et de la brise sur la peau dénudée. La moiteur de l’après-midi. La torpeur caniculaire. L’obscurité des intérieurs barricadés. La lumière des longues soirées.

Autant de sensations qu’on retrouve évoquée sous la plume d’André Aciman. Tout y est (même les pêches). Elio raconte l’été de ses 17 ans, qu’il passe, comme toutes les années, dans la maison de vacances de sa famille en Italie. Les journées se succèdent lentement et se ressemblent, entre lectures, baignade dans les eaux du lac ou de la piscine, balades à vélo dans la campagne, virées dans la ville voisine.

Mais cette année, quelque chose vient perturber cette douce monotonie. Comme chaque été, le père d’Elio, professeur d’université, accueille également un doctorant, qui en échange de quelques heures quotidiennes d’aide académique, se voit offrir un cadre magnifique pour travailler sur sa thèse. L’étudiant de cet été est un Américain de 24 ans. Il s’appelle Oliver. Et Elio se sent peu à peu irrésistiblement attiré par lui.

Commence alors entre l’adolescent et le jeune homme un long jeu de cache-cache de séduction. Extérieurement, pendant une longue partie du livre, cette séduction se manifeste à peine. Tout au plus quelques regards appuyés, quelques gestes furtifs, quelques vagues allusions. Intérieurement en revanche, c’est le tourbillon chez le jeune Elio. Ses sens sont en ébullition, échauffés par l’été et le désir amoureux. Son esprit s’agite, analysant, interrogeant, interprétant, déchiffrant ses sentiments et les signes qui pourraient révéler ceux d’Oliver.

L’histoire est racontée par Elio, de sorte que le lecteur devient le confident de ces émois intérieurs. Des émois qui me font penser à ceux du narrateur d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. D’ailleurs, le style d’André Aciman rappelle celui de ce dernier, connu pour ses très longues phrases (l’extrait que je vous lis plus haut en est un bon exemple !). J’apprendrai plus tard qu’André Aciman se trouve précisément être un spécialiste de l’oeuvre de Proust, qu’il enseigne à l’université. La ressemblance n’est donc peut-être pas fortuite.

Il y a toutefois certaines questions qui ne me quittent pas, tout au long de ma lecture: est-ce qu’Elio et Oliver s’aiment ? Est-ce que je les aime ? Et est-ce que j’aime le livre ? Etrangement, je n’arrive pas à répondre à ces questions.

D’un côté, il y a quelque chose qui m’agace dans le cache-cache auquel semblent s’adonner les deux protagonistes. La manière dont ils semblent mettre un point d’honneur à dissimuler extérieurement leurs sentiments, à afficher l’indifférence et la distance. A brouiller les pistes, à faire un pas pour en reculer de deux. Pourquoi ? Par amour-propre ? Par peur ? Je ne saurais dire, mais en tous les cas, ils ne suscitent pas ma sympathie immédiate.

D’un autre côté, il y a quelque chose d’autre qui me tient dans ce livre, et qui m’empêche de le poser.

Et c’est tant mieux, car sans cela je ne serais pas arrivé au dernier chapitre du livre. Un dernier chapitre qui, à mon avis, est la clé de voûte de l’histoire (et qui a d’ailleurs été omis de l’adaptation cinématographique). Dans ce chapitre, Elio et Oliver se rencontrent à nouveau, quinze ans plus tard. Oliver a maintenant 39 ans, il est professeur dans l’université américaine. Elio, âgé de 32 ans, de passage dans cette ville, décide de lui rendre une visite impromptue. Ils passent la soirée ensemble. Ils reviennent sur ce qu’ils ont partagé, cet été-là. Ils parlent de ce qu’ils ont vécu alors, de ce qu’ils ont vécu depuis. De comment leur histoire les a transformés.

Et là, j’ai enfin la réponse à mes questions.

Oui, j’aime ces personnages.

Oui, j’aime ce livre.

Sitôt la dernière page terminée, je retourne au début et recommence immédiatement ma lecture. Je replonge dans le passé des personnages, fort désormais de ma connaissance de leur avenir.

Les mots d’Elio prennent alors un tout autre sens.

Je ferme les yeux, prononce le mot, et je suis de nouveau en Italie, il y a tant d’années.”

été

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